Frayeur mortelle

Tom était bien le seul gamin à aimer les petites bêtes dont le maître venait de leur parler. Et si les expressions de dégout et de frayeur s’affichaient sur toutes les mines, un sourire de satisfaction – de jouissance même – illuminait son visage.
– Bien ! Les enfants, nous arrivons à la fin de notre leçon de chose sur l’araignée. Un volontaire pour lire le résumé, page 24 ?
Dans la classe devenue immobile, on entendit une mouche voler…
– Bon, ne vous bousculez pas surtout ! Alors voyons… Tom ! Veux tu nous faire la lecture, s’il te plait…
Non, ça ne lui plaisait pas à Tom qui n’aimait pas lire. Mais bon, bien obligé !
Il s’appliqua pour se débarrasser de l’exercice au plus vite.
– L’araignée n’est pas un insecte mais un arachnide…8 pattes…carnivore … des proies vivantes.
Ce ne fut pas long. Il leva la tête avec satisfaction. Il ne s’en était pas trop mal tiré.
– Merci Tom ! Voilà ! Vous pouvez commencer à ranger vos affaires, la sonnerie ne vas pas tarder…

Tom ne se fit pas prier et fut parmi les premiers à sortir de l’école. Il avait une chose importante à faire. La leçon l’avait passionné mais avait un goût de trop peu qui le laissait sur sa faim. De la théorie, il voulait maintenant passer à la pratique… Et se gargariser du spectacle des prédatrices.
Dès qu’il arriva chez lui, il se mit en quête des ingrédients indispensables à la réalisation de son expérience. Bientôt de multiples mouches et araignées se retrouvèrent enfermées dans l’aquarium devenu depuis longtemps le lieu de prédilection de ses observations.
Effrayés, certains insectes volèrent dans tous les sens, se cognèrent contre les parois de verre et atterrirent assommés au fond du récipient. Ceux-là subirent aussitôt l’assaut des araignées. D’autres au contraire, restèrent figés dans un coin, semblant réfléchir à la façon de se sortir de là. Mais le large champ de vision de leurs yeux à facettes leur révéla l’horreur de leur situation, et ils s’affolèrent à leur tour. Tous finirent entre les pattes des arachnides.
Tom ne perdit pas une miette du massacre – dont il se délecta en engloutissant son gouter – mais déçu qu’il ne dure plus longtemps, il repartit à la chasse.
Il réapprovisionna ainsi les araignées en insectes, jusqu’à ce que sa mère rentre du travail. A chaque fois, il dévorait des yeux le carnage qui le fascinait et assouvissait son besoin de cruauté.

Quand il se coucha ce soir-là, les images des tueries successives repassèrent en boucle derrière ses paupières closes et l’empêchèrent de trouver le sommeil. Au bout de quelques heures, tel un enfant qui se cache sous les draps dans l’espoir naïf d’éloigner le danger, il décida de recouvrir l’aquarium pour se rassurer. Il alluma la lumière et d’un geste brusque, jeta le premier linge venu sur l’objet de sa frayeur…
Le récipient bascula et rependit sur le sol son terrible contenu.
Aussitôt les énormes bestioles velues et menaçantes l’assaillirent de toutes parts. Leurs yeux terrifiants le fixèrent avec avidité et leurs bouches entrouvertes laissèrent apparaître leurs crocs avides de chair humaine. Tétanisé par la peur, Tom les imagina se refermer sur lui et se repaitre de leur festin. Dans un soubresaut, il sorti de sa torpeur et s’agita dans tous les sens pour chasser les prédatrices. Un bref instant les araignées cessèrent leur progression, et semblèrent se consulter.
Soudain, elles revinrent à l’assaut et lacérèrent de leurs dents crochues chaque centimètre de sa peau. Puis elles envahirent tous les orifices de son corps, étouffant le cri qu’il tenta désespérément de pousser.
Terrorisé, Tom les sentit grimper le long de ses mollets et l’envahir tout entier.

Puis son cœur s’arrêta.

© Jos Gonçalves le 21 février 2019

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