La bêtise insiste toujours

1ère version

Ce devait être un jour comme les autres, ni meilleur, ni pire; et rien ne laissait présager la situation ubuesque dans laquelle Didier allait se trouver.
Il avait ouvert son magasin de cigarettes électroniques à neuf heure, comme d’habitude. Comme d’habitude, quelques Carolorégiens – ainsi sont appelés les habitants de Charleroi en Belgique – étaient venus s’approvisionner en e-liquide et autres accessoires nécessaires au fonctionnement de leur vaporetto. La matinée s’était tranquillement écoulée au rythme des allées et venues des clients dont le flux, sans être abondant, avait été régulier.
En milieu d’après-midi, Didier s’apprêtait à profiter du calme imposé par le manque d’affluence normal à cette heure de la journée, quand il vit cinq jeunes excités faire irruption dans le magasin. A la vue de l’arme qu’ils arboraient à la ceinture, il n’opposa aucune résistance et les laissa s’emparer des articles de leur choix. Cependant, au regard de leur comportement, il réalisa qu’il avait affaire à des petits malfrats à l’intelligence restreinte. Aussi quand ils eurent terminé « leurs courses » et lui demandèrent la caisse, il décida d’y aller au bluff et leur tint à peu près ce langage :
– Mais les gars, il est que 15h30 ! C’est pas l’heure-là ! Faut revenir plus tard… à 18h30 vous aurez plus de monnaie.
A sa grande surprise, son stratagème se révéla très efficace : les braqueurs disparurent et promirent de revenir trois heures plus tard !
Convaincu que les jeunes étaient assez bêtes pour se représenter devant lui, Didier appela la police pour la prévenir de sa mésaventure. D’abord sceptiques, les agents lui laissèrent peu d’espoir quant au possible retour des voyous, mais persuadé par Didier, ils convinrent de venir les cueillir au magasin quelques minutes avant l’heure.
L’excitation de Didier, qui jubilait déjà à l’idée de ce qui les attendait, fut néanmoins contrariée quand il vit les gamins débarquer…à 17h30 !
– Nan mais, oh ! Faut t’acheter une montre mon gars ! dit-il au meneur.
Une fois de plus la célérité de Didier fut payante et la bêtise des voyous avérée : non seulement ils s’en allèrent, mais ils revinrent une troisième fois, à l’heure dite cette fois, et furent accueillis par la police médusée.

2è version :

Ah nan mais j’en reviens toujours pas !
Comme tous les jours à 9h, j’ouvre mon magasin d’e-cigarette. Les clients vont et viennent sans se bousculer, mais en assez grand nombre pour m’enquiquiner toute la matinée. Certain savent ce qu’ils veulent … mais y a tous les autres. Les indécis, les bavards, ceux qui te prennent pour un voleur et ceux qui restent 3 heures sans rien acheter. Bref, les « ch….. » qui me font regretter d’avoir choisi ce métier.
Vers 15h, ça se calme et je réapprovisionne les rayons. Parce qu’on se rend pas compte du boulot que c’est une boutique ! On croit que l’argent se gagne facilement, que les heures de travail sont les mêmes que les heures d’ouverture, et qu’il suffit d’un grand sourire pour remplir la caisse.
Bon, passons…
Je pose un vaporetto sur une gondole quand des excités entrent dans le magasin. Un essaim de sauterelles qui gesticulent crânement et vocifèrent pour m’impressionner. Excités les jeunes…et armés aussi. Du coup je les laisse se servir et faire les malins. Mais, je vois tout de suite que ce ne sont pas des lumières. Faut dire qu’on ne me la fait pas à moi, j’ai toujours été dans le commerce ! Alors quand ils me demandent la caisse – ben voyons ! – je tente un coup de poker et je me lance.
– La caisse ? Mais à cette heure, y’a rien dans la caisse ! Faut revenir plus tard, les gars. A 18h30 y aura au moins mille euros de plus !
Ben, croyez-moi ou pas : ils repartent comme ils sont venus en promettant de revenir trois heures plus tard !
Ni une ni deux, j’appelle les flics. Bon, c’est vraiment parce qu’il le faut hein ! Parce que moi et la police…
Evidemment, ils me rient au nez et insinuent que je suis bête de croire qu’ils vont revenir. Je me retiens de leur répondre que question bêtise, ils en savent plus que moi et que c’est l’hôpital qui se fout de la charité, mais bon, je m’abstiens et les persuade de venir en planque au magasin avant 18h30.
Et c’est là que cette histoire déjà peu banale, prend une tournure encore plus rocambolesque, car les jeunes reviennent… mais une heure trop tôt.
Je fais l’offusqué, « mais les gars, y’aura plus d’argent à 18h30 ! », j’engueule celui qui leur sert de chef – vous savez, celui qui est censé être le plus intelligent ! – et lui conseille d’aller acheter une montre.
Et rebelote ! Ils repartent et réapparaissent à 18h30, fiers comme des bars-tabacs !
Les policiers ébahis mais jaloux de mon intelligence, ne résistent pas à me sermonner en arguant que ma démarche aurait pu mal tourner. Quelle mauvaise foi quand même !
Ah nan mais j’en reviens toujours pas !

© Jos Gonçalves le 8 janvier 2019

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