L’herbier des tranchées

Il est tard et la fatigue se fait sentir. Peu importe. Louise ne pourrait se priver du plaisir que lui procure ce moment de la journée. Installée à son bureau, elle en ouvre le cylindre et tire la tablette rétractable recouverte de cuir vert. Puis elle saisit son coupe-papier et commence à ouvrir son courrier. Elle tremble.

Nous sommes en 1916, à La Guiche, petit village du sud de la Bourgogne. Louise Gailleton y est née, 56 ans plus tôt, et y a toujours vécu. Depuis son mariage avec Simon Claude, agriculteur-éleveur et maire de la commune, elle vit à « l’Abergement », une agréable maison pourvue d’un jardin dont elle aime s’occuper.
Enfin, dont elle aimait s’occuper : depuis le début de la guerre elle n’en a plus vraiment le temps.
C’est que c’est une femme investie Louise ! Patriote et croyante aussi. Une femme au service de la France. Comme beaucoup d’autres en cette triste période, elle participe à sa manière à l’effort de guerre et tente d’apporter un peu de réconfort à tous les hommes impliqués dans la bataille.
Impossible pour elle de faire autrement. Impossible d’être indifférente au sort de ces poilus partis la fleur au fusil pour un conflit qui ne devait pas durer et qui pourtant s’éternise. Depuis deux ans déjà la guerre s’enlise dans la boue des tranchées, tranchées transformées en fosses communes où pourrissent des corps déchiquetés.

Louise en est profondément bouleversée et enrage d’impuissance. Pourtant, consciente qu’elle ne peut rien faire pour les morts, elle préfère s’occuper des vivants dont le sort n’est guère enviable. Elle est comme ça Louise, pragmatique. Alors depuis le début du conflit, elle est bénévole à l’hôpital militaire de La Guiche où chaque jour arrivent les blessés atrocement mutilés et souffrant le martyre.
Quotidiennement et pendant de longues heures, cette femme au doux visage qu’illuminent deux joyaux bleu clair, donne la soupe aux manchots, lit le courrier aux aveugles, et éponge le front des fiévreux. De sa voix calme et assurée, elle les apaise comme le feraient leurs mères, leurs sœurs ou leurs épouses dont ils sont éloignés. Jamais elle ne se décourage. Au contraire, elle décuple son énergie face au malheur des hommes. Chaque jour on peut voir sa mince silhouette accourir auprès d’eux et se pencher sur le lit de leur souffrance.

Parfois un miracle se produit. Un blessé est guéri, se lève de sa couche et fait ses premiers pas. C’est un jour de bonheur, de rires et de larmes de joie. Un instant de bien-être à la saveur oubliée. Hélas ! La victoire est éphémère : la guérison des soldats réparés signe aussi leur retour au front. Et si les blessures de leurs chairs ont cicatrisé, celles de leurs esprits se font plus profondes à l’idée de repartir côtoyer la mort. Une fois de plus l’adversité stimule Louise qui a un cœur « gros comme ça »! Attachée à ces hommes, elle devient leur marraine de guerre. C’est sa manière à elle de participer au combat, d’accompagner les poilus sur les champs de bataille.
Une correspondance régulière s’instaure alors entre ce petit bout de femme déterminé et dynamique et ces hommes repartis en enfer. Chaque jour elle lit leur désespoir et leur découragement. Chaque jour elle cherche les mots qui pourraient donner un sens à leur triste sort. En vain. Plus le temps passe, plus les lettres qu’elle reçoit témoignent de leur résignation. Beaucoup disent préférer mourir plutôt que de continuer de se battre. Pourtant Louise ne lâche rien. Convaincue que le bonheur réside dans le regard que l’on porte aux petites choses, elle veut en persuader ses filleuls. Son imagination et son inclinaison pour la botanique vont l’aider à trouver le moyen de les inciter à voir les champs de bataille d’une manière différente. Elle leur propose de joindre à leur correspondance, des éléments végétaux récoltés sur les zones de combat, pour en faire un herbier. Leur herbier !
Dorénavant, Louise n’a plus peur de lire les mots désespérés de ses amis. Au contraire, elle est impatiente de découvrir le petit brin de poésie qu’ils ont glissé dans leur courrier. Emue, elle en savoure le doux parfum. Odeur de pré, de jardin, de forêt. Odeur d’espoir aussi, redonné par la terre qui malgré ses blessures produit toujours ses fruits.
Chaque soir elle dispose les feuilles, herbes ou fleurs, entre les pages d’un gros livre pour les faire sécher, et retire celles qui sont prêtes à décorer l’album.

Oh, elle est réaliste Louise ! Elle sait que son herbier ne recense pas de plante rare ! Elle le sait mais elle s’en moque. Son herbier à elle immortalise les traces des batailles de la Grande Guerre : Le chemin des Dames, Verdun, Argonne, Champagne… Il livre des tranches de vie et des histoires d’hommes qui tirent le meilleur de leur terrible destin.
Elle y colle les fruits de leur funeste récolte, note les lieux dont ils sont issus et inscrit avec des petits brins de paille les initiales des soldats qui les ont cueillis.
Puis elle referme son recueil, le presse fortement contre sa poitrine et prie de toutes ses forces pour que ses filleuls découvrent un jour le livre de leur histoire.

 

Elle est loin de se douter qu’un siècle plus tard, le Muséum d’histoire naturelle exposera son « herbier des tranchées ».

© Jos Gonçalves le 18 avril 2019

 

Publié dans Non classé, Publications L'Esprit Livre | Marqué avec , , , , | Laisser un commentaire

Le triporteur fantastique

Pierre recula d’un pas pour mieux admirer l’œuvre qu’il tentait de réaliser depuis plusieurs jours et qui devait lui permettre de remonter le temps.
Le chariot qu’il avait muni de la selle et des pédales de son vieux vélo, ressemblait maintenant à un triporteur fait de bric et de broc. Accroché à la barre de poussée du caddie, il y avait un rétroviseur. Il reflétait la lumière couleur métal de fusil et se dressait fièrement, conscient du rôle essentiel qu’il allait bientôt jouer.
Satisfait, il opina de la tête. Pour un enfant, il ne s’en était pas trop mal tiré et l’engin qu’il avait maintes fois imaginé était fin prêt. Restait à savoir s’il fonctionnait…
Il retira ses souliers, enfila sur ses chevilles les serre-pantalon qu’il avait pris soin d’emporter et mit ses baskets.
Puis il se rapprocha de sa création et se pencha sur le miroir. Il y vit son père, Bill, cow-boy déchu au parler hérissé d’un accent de la plaine, qui sirotait son verre de rouge à la terrasse du Korova, bar où il passait ses journées. Momo – le tenancier du lieu dont le seul but était d’alcooliser toujours plus ses clients pour faire toujours plus de profit – se tenait sur le pas de la porte, prêt à dégainer à tout moment sa bouteille de vinasse.
La mâchoire contractée et les poings serrés, Pierre ferma les yeux et une déferlante de larmes noya son chagrin et engloutit Momo.
J’y arriverai papa ! J’te l’jure ! Ce s’ra comme avant…comme avant Momo ! Et le lait coulera à flots !
Quand il regarda à nouveau dans le rétroviseur, il y vit cette fois le reflet de tous ses espoirs, et décida de mettre son projet à exécution.
Plus déterminé que jamais, il enfourcha sa machine, y jeta ses bagages – souvenirs sombres, tristesse et espérance – et commença de pédaler. Doucement d’abord, pour se mettre en jambe et prendre une bonne cadence. Puis de plus en plus vite, afin d’atteindre le point de rupture qui inverserait l’effet du miroir. Si ses calculs étaient bons et que le pouvoir du rétroviseur s’avérait, il pourrait revenir dans le passé et réécrire le présent.
Il vit son père s’éloigner derrière lui, n’être plus qu’un point et disparaitre tout à fait. Le village se mit à rétrécir lui aussi, et se fondit bientôt dans son dur ciel bleu. Quand l’engin atteignit sa vitesse maximale, le jour et la nuit s’alternèrent sans discontinuer et le paysage se métamorphosa. Défilé d’images et de flashs successifs : campagne dévastée, désert, serpent gris d’une rivière, région solitaire…
Puis le clignotement s’arrêta net, laissant place à une lueur blanche et éclatante.
Le mozg* plein à péter de lumières, Pierre se mit à réfléchir aussi vite qu’il avançait : il n’était pas loin du but. Il le savait.
Il avait remonté le temps, avait été plus rapide que lui.
S’il faisait demi-tour à toute vitesse et retournait au Korova, il pourrait changer le cours de sa vie.
Maintenant !
Il cessa brusquement de pédaler, se cramponna à la barre de poussée qui lui servait de guidon et d’un geste sec opéra un virage à 180°. L’engin bascula dangereusement, faisant décoller les bagages qu’il contenait. Tristesse et souvenirs sombres en furent expulsés et se brisèrent sur le macadam. Espérance tournoya au-dessus du chariot tout en suivant son mouvement, puis se laissa retomber doucement à sa place initiale. Sereine.
Sourire et soulagement de Pierre ; puis bouffée d’espoir et d’impatience à la vue de son village situé sur les hautes plaines à blé.
Dans un dernier effort, il appuya de toutes ses forces sur les pédales et se retrouva en un clin d’œil devant le Korova.
Le triporteur s’arrêta net.
Assis à la terrasse, de nombreux clients dégustaient un élixir opalin. Gentilles minutes pépères.
Momo avait disparu. La licence pour la vente d’alcool aussi. Dorénavant, le Korova était un de ces messtots** où on servait que du lait.
Sur sa façade on pouvait voir la nouvelle enseigne, « Korova Milkbar ». Sur le pas de la porte Bill, le nouveau tenancier.
Il regardait Pierre. Un beau sourire illuminait son visage et laissait apparaitre l’émail de ses dents, blanc comme la bouteille de lait qu’il tenait à la main.
Père et fils se retrouvaient enfin. Chacun tout l’univers de l’autre.

 

© Jos Gonçalves le 20 mars 2019

*Mozg : cerveau, esprit
**Messtot : endroit

 

Publié dans Accueil, Publications L'Esprit Livre | Marqué avec , , , | Laisser un commentaire

Frayeur mortelle

Tom était bien le seul gamin à aimer les petites bêtes dont le maître venait de leur parler. Et si les expressions de dégout et de frayeur s’affichaient sur toutes les mines, un sourire de satisfaction – de jouissance même – illuminait son visage.
– Bien ! Les enfants, nous arrivons à la fin de notre leçon de chose sur l’araignée. Un volontaire pour lire le résumé, page 24 ?
Dans la classe devenue immobile, on entendit une mouche voler…
– Bon, ne vous bousculez pas surtout ! Alors voyons… Tom ! Veux tu nous faire la lecture, s’il te plait…
Non, ça ne lui plaisait pas à Tom qui n’aimait pas lire. Mais bon, bien obligé !
Il s’appliqua pour se débarrasser de l’exercice au plus vite.
– L’araignée n’est pas un insecte mais un arachnide…8 pattes…carnivore … des proies vivantes.
Ce ne fut pas long. Il leva la tête avec satisfaction. Il ne s’en était pas trop mal tiré.
– Merci Tom ! Voilà ! Vous pouvez commencer à ranger vos affaires, la sonnerie ne vas pas tarder…

Tom ne se fit pas prier et fut parmi les premiers à sortir de l’école. Il avait une chose importante à faire. La leçon l’avait passionné mais avait un goût de trop peu qui le laissait sur sa faim. De la théorie, il voulait maintenant passer à la pratique… Et se gargariser du spectacle des prédatrices.
Dès qu’il arriva chez lui, il se mit en quête des ingrédients indispensables à la réalisation de son expérience. Bientôt de multiples mouches et araignées se retrouvèrent enfermées dans l’aquarium devenu depuis longtemps le lieu de prédilection de ses observations.
Effrayés, certains insectes volèrent dans tous les sens, se cognèrent contre les parois de verre et atterrirent assommés au fond du récipient. Ceux-là subirent aussitôt l’assaut des araignées. D’autres au contraire, restèrent figés dans un coin, semblant réfléchir à la façon de se sortir de là. Mais le large champ de vision de leurs yeux à facettes leur révéla l’horreur de leur situation, et ils s’affolèrent à leur tour. Tous finirent entre les pattes des arachnides.
Tom ne perdit pas une miette du massacre – dont il se délecta en engloutissant son gouter – mais déçu qu’il ne dure plus longtemps, il repartit à la chasse.
Il réapprovisionna ainsi les araignées en insectes, jusqu’à ce que sa mère rentre du travail. A chaque fois, il dévorait des yeux le carnage qui le fascinait et assouvissait son besoin de cruauté.

Quand il se coucha ce soir-là, les images des tueries successives repassèrent en boucle derrière ses paupières closes et l’empêchèrent de trouver le sommeil. Au bout de quelques heures, tel un enfant qui se cache sous les draps dans l’espoir naïf d’éloigner le danger, il décida de recouvrir l’aquarium pour se rassurer. Il alluma la lumière et d’un geste brusque, jeta le premier linge venu sur l’objet de sa frayeur…
Le récipient bascula et rependit sur le sol son terrible contenu.
Aussitôt les énormes bestioles velues et menaçantes l’assaillirent de toutes parts. Leurs yeux terrifiants le fixèrent avec avidité et leurs bouches entrouvertes laissèrent apparaître leurs crocs avides de chair humaine. Tétanisé par la peur, Tom les imagina se refermer sur lui et se repaitre de leur festin. Dans un soubresaut, il sorti de sa torpeur et s’agita dans tous les sens pour chasser les prédatrices. Un bref instant les araignées cessèrent leur progression, et semblèrent se consulter.
Soudain, elles revinrent à l’assaut et lacérèrent de leurs dents crochues chaque centimètre de sa peau. Puis elles envahirent tous les orifices de son corps, étouffant le cri qu’il tenta désespérément de pousser.
Terrorisé, Tom les sentit grimper le long de ses mollets et l’envahir tout entier.

Puis son cœur s’arrêta.

© Jos Gonçalves le 21 février 2019

Publié dans Accueil, Publications L'Esprit Livre | Marqué avec , , , | Laisser un commentaire

La liberté, ma bataille

Texte initial que j’ai écrit en octobre 2017

En ce jour de septembre, j’étais encore heureux. Du haut de la tour nord je voyais le ciel bleu. Ma vie était limpide, mon avenir prometteur et en homme cupide rien ne me faisait peur.
Mais c’était sans compter sur la nature humaine, ses sentiments de haine qui vers la mort entraînent.
Quand juste avant l’impact avec l’oiseau de feu un bruit assourdissant me fit lever les yeux, je vis le monstre fou aux ailes déployées, nous frapper de plein fouet pour tuer la Liberté !
Tout tangue autour de moi, tout se met à trembler. Envahi par l’effroi je reste pétrifié, car j’assiste sans voix au défilé sans fin, de corps démembrés dont les cris restent vains. Tous ces pleurs, toutes ces plaintes accaparent ma pensée, le feu et la fumée m’empêchent de respirer.
Je ne sais pas encore que tout va basculer, que mon illustre tour va bientôt s’effondrer, mais mon instinct me dicte qu’il me faut m’en aller. Alors sans plus attendre je vais vers l’escalier, pour sortir du méandre et pour ma vie sauver.
La descente est sans fin, on est tous alignés, on est tous dans un train qui ne peut s’arrêter. Quand enfin de l’air libre j’aspire une goulée, la tour perd l’équilibre : morceaux de vies broyées…

Puis le temps a filé et 16 ans ont passé.

Nous sommes en septembre, le ciel est encore bleu. Mais moi toujours je tremble et ne suis pas heureux.
Ma vie est un cauchemar, polluée par le passé. La hauteur me fait peur, je vis au rez-de-chaussée : bannis les escaliers, les marches à descendre. Aujourd’hui dans la rue je n’ose plus me rendre et reste dans ma loge isolé et perdu.
Cependant ce matin je suis déterminé, à combattre l’horreur, à chasser mes frayeurs. Il y a eu tant de morts et tellement de blessés, je ne peux les trahir en me laissant mourir.

Et puisque la faucheuse n’a pas voulu de moi, que j’ai la chance de vivre et d’être toujours là, dans les rues de la ville, je m’en vais témoigner, crier, chanter, hurler ! Vive la liberté !

Réécriture

Ce ne fut pas l’alarme du réveil qui sortit Peter de son sommeil, ni les cris des enfants sur le chemin de l’école. Non. Ce fut un son inhabituel et si inespéré, qu’il crut qu’il rêvait encore : son voisin et ami John, chantait sous la douche !

Peter se leva, souriant. Le bonheur n’était pas de mise en ce jour de commémoration du 11 septembre 2001, mais il était heureux du pied de nez que son ami faisait aujourd’hui à la mort.

Installé dans le canapé, il se versa un grand bol de café.

Lors des attentats, John travaillait au 63ème étage de la Tour Nord. Il était alors le stéréotype même du trentenaire américain qui a réussi. Quand l’avion avait foncé sur l’édifice, sa vie avait basculé.

John s’était confié à Peter ; une seule fois.

Un bruit assourdissant lui avait fait levé la tête et il avait juste eu le temps de voir l’avion foncer sur eux.
Puis la tour avait tangué et tout s’était enchaîné. Le bruit des alarmes et du fer qui se tord ; des cris de douleur et d’appels au secours. L’odeur de la fumée et du kérosène. Puis celle de la viande grillée. La vue des corps sans vie ; celle des corps en vie mais en sang… et des autres, qui n’étaient pas encore morts, mais qui préféraient l’être et se jetaient dans le vide en appelant leur mère ou en récitant le « Notre Père ».
Puis il s’était dirigé vers l’escalier pour rejoindre la file indienne des zombis qui comme lui, voulaient échapper à l’enfer. La descente avait duré une heure. Hébété et couvert de cendre, il était sorti indemne de la Tour. 20 minutes après, elle s’effondrait…

Peter se resservit un café et alluma une cigarette.

Indemne… C’était vite dit. Car si sa blessure n’était pas physique, elle n’en était pas moins profonde : c’était la blessure de la mémoire. Une plaie béante, bloquée sur le passé et qui allait mettre 16 ans à cicatriser.

Peter se rappela les phobies que John avait développées. Celle de la hauteur, qui l’avait poussé à déménager au rez de chaussée ; puis celle du monde qui l’avait l’obligé à se cloitrer chez lui ; enfin celle du bruit, qui l’avait empêché d’allumer la télé, l’isolant tout à fait.
Bouleversé et doutant de son rétablissement, Peter venait le voir chaque jour, à cette époque. Chaque jour, il découvrait un homme malheureux, écrasé par la culpabilité d’être encore en vie, de ne rien avoir pu faire, et de son incapacité à réagir.
Il avait fallu une année pour convaincre son ami de se faire soigner et de nombreuses autres pour que John, aidé de son psy, renoue avec le quotidien. Les gestes anodins le faisaient souffrir : regarder par la fenêtre, ouvrir la porte de l’appartement, aller dans la rue, rentrer dans un magasin…

Ah, la première sortie de John ! Quelle émotion ! Peter s’en souvenait comme si c’était hier.

C’était 8 ans après l’attentat. Ils n’avaient fait qu’un petit tour dans le parc de la résidence, mais ces quelques pas avaient ramené son ami à la vie. Il avait encore fallu des années d’effort, pour qu’ils se promènent plus loin et plus longtemps et que John se resocialise enfin…

Maintenant, il sortait seul et n’avait peur de rien. Il avait même sollicité la CNN pour participer à l’émission de commémoration programmée aujourd’hui !

Bon sang ! L’émission ! Peter alluma la télé ; juste à temps pour voir la fin du témoignage de son ami.

« J’ai mis 16 ans à sortir de l’enfer et à réaliser la chance que j’avais eue d’en avoir réchappé. J’ai compris que je gâchais cette chance ; qu’elle ne servait à rien, si ce n’était à apporter aux terroristes la satisfaction d’être parvenus à me priver de toute liberté. Avais-je le droit de me comporter ainsi ? Ne devais-je pas au contraire vivre au centuple, vivre pour ceux qui avaient péri, vivre pour prouver aux terroristes qu’ils avaient échoué ?
Car ils ont échoué ! Ma présence en est la preuve. Et puisqu’hier la mort n’a pas voulu de moi, j’en profite aujourd’hui pour crier haut et fort : Vive la liberté ! »

Face à la nouvelle détermination de son ami, Peter sut qu’il était de retour dans le monde des vivants.

© Jos Gonçalves le 5 février 2019

Publié dans Accueil, Publications L'Esprit Livre | Marqué avec , , , , | Laisser un commentaire

Cela aurait pu être pire

Pour cette consigne, il fallait s’appuyer sur une nouvelle d’une phrase et en écrire 10 versions différentes. Voici la phrase initiale :

J’étais parvenu à empêcher les deux gars de me voler mon portable – auquel je m’agrippais fermement et que je venais de sortir de mon sac pour prévenir mon patron de mon retard – mais je n’avais pu éviter le vol de mon portefeuille ; heureusement je pouvais toujours appeler la police.

Types de narrateur :

1 – Rapproché
Sans réseau dans le métro, impossible de prévenir mon patron de mon retard. Une fois dehors, j’ai pris mon téléphone. Deux gars ont surgi pour le voler, j’ai crié, mais je m’y suis accrochée fermement mettant à mal leur entreprise. Les voyant partir en riant, j’ai fouillé mon sac : mon portefeuille n’y était plus. Adieu papiers, carte bleue et chéquier. Maigre consolation : je pouvais toujours appeler mon patron… et la police.

2 – Distancié
Les gens devraient arrêter de tenter les voleurs avec leur portable…
Ce matin encore, une femme avait le sien à la main quand deux gars ont surgi et tenté de lui voler. Elle a poussé un grand cri, mais ne l’a pas lâché. Ils sont partis sans l’objet mais avec le sourire.
Elle a fouillé son sac et a eu l’air désappointé. Ils ont dû lui prendre quelque chose…
En tout cas, elle pouvait toujours appeler la Police.

3 – Ignorant
J’entends des cris ; je tourne la tête.
Je vois deux gars s’enfuir en souriant, et une femme semblant regarder dans son sac.
Je ne sais pas s’ils lui ont volé quelque chose, mais c’était pas son portable ; elle l’avait à la main.

4 – Omniscient
A son allure rapide, j’ai compris qu’elle voulait prévenir de son retard.
Portable en main, elle s’apprêtait à le faire quand deux gars ont surgi pour lui voler.
Elle a crié, s’est agrippée à l’objet sans remarquer qu’un des gars avait la main dans son sac. Quand ils sont partis avec le sourire, elle s’est aperçu que son portefeuille avait disparu.
Sa seule consolation, c’est qu’elle pouvait toujours appeler la police.

5 – Principal, en colère
J’étais en retard et j’ai horreur de ça ! En plus, sans réseau dans le métro, je ne pouvais pas prévenir mon patron… La journée commençait mal !
Une fois dehors, j’ai pris mon portable, mais deux gars ont voulu me le voler. Là j’ai eu une poussée d’adrénaline : « Alors là, vous pouvez toujours rêvez, espèce de p’tits c… ! ».
Ils sont partis mais comme ils riaient, j’ai fouillé mon sac et ma colère est montée d’un cran : mon portefeuille avait disparu ! J’étais verte…
Ma fureur était à son comble quand j’ai pris mon foutu portable pour appeler la police.

6 – Secondaire, moqueur
Elle, c’est sûr, elle aurait mieux fait de rester couchée.
C’était drôle de la voir sortir en trombe du métro. Elle marchait vite, fulminait en ouvrant son sac et tremblait en en sortant son portable.
Quand deux gars ont surgi pour lui voler, elle a hurlé comme une folle en s’agrippant à l’objet comme si sa vie en dépendait. Ils sont partis sans son portable mais avec un grand sourire…et son portefeuille ! La tête qu’elle a fait quand elle a compris ! J’ai bien cru qu’elle allait faire une syncope !
Pourtant, elle pouvait s’estimer heureuse : il lui restait quand même son portable !

7 – Poétique
Il me fallait téléphoner, pour de mon retard m’excuser.
Mon sac à main alors j’ouvris, et mon téléphone je pris.
C’est là que deux gars ont surgi, et que je poussai de grands cris,
Tout en m’agrippant à l’objet, qu’ils souhaitaient me dérober.

Ils voulaient voler mon portable, mais ils en furent bien incapables,
Pourtant c’est le sourire aux lèvres, qu’ils détalèrent comme des lièvres.
C’est alors que j’ai eu un flash, sur les intentions des deux lâches ;
Fébrile je fouillai dans mon sac, et vérifiai mon bric-à-brac :
Disparu mon vieux portefeuille, dont il me fallut faire le deuil.

Me restaient mes yeux pour pleurer et la police à appeler.

8 – Optimiste
Sans réseau dans le métro, je n’ai pas pu prévenir mon patron de mon retard. Pas grave, il comprendra !
Arrivée dehors, j’ai ouvert mon sac pour prendre mon portable. C’est là que deux gars ont tenté de me le voler. Heureusement, je n’ai pas lâché l’objet…
Pourtant ils souriaient quand ils sont partis ; alors j’ai fouillé mon sac : plus de portefeuille !
Par chance, j’avais toujours mon téléphone pour appeler la police.

9 – Manquant d’assurance
Sans réseau dans le métro, je n’ai pas pu prévenir mon patron de mon retard. Pourvu qu’il comprenne ! Arrivée dehors, j’ai pris mon portable pour m’excuser. Soudain deux gars ont surgi pour me le voler et je ne sais pas comment j’ai fait – la chance certainement – mais j’ai réussi à les en empêcher.
C’est quand ils sont partis en souriant que j’ai compris que je m’étais encore fait avoir.
J’ai fouillé dans mon sac : plus de portefeuille !
J’ai appelé la police, mais j’ai eu l’impression qu’elle ne me croyait pas.

10 – Focalisation : le téléphone
Léa râlait après moi parce « je ne passe pas » dans le métro et qu’elle n’avait pas pu prévenir son patron de son retard.
Arrivée dehors, elle m’a sorti du sac dans lequel elle m’avait remisé et m’a pris entre ses doigts fins et caressants. J’étais trop bien !
Soudain, une grosse pogne a surgi pour m’attraper, et Léa s’est agrippée à moi avec tant de force que j’ai tremblé de toute ma coque. J’ai bien failli boguer ! Mais elle n’a rien lâché et la vilaine paluche est partie sans m’emporter.
Bon, elle a quand même pris mon pote, le portefeuille ! Mais grâce à moi Léa a pu appeler la police !

© Jos Gonçalves le 29 janvier 2019

Publié dans Accueil, Publications L'Esprit Livre | Marqué avec , , , | Laisser un commentaire

Tartuffe, un escroc moderne (Version épurée – Usage de l’ellipse.)

Quelle belle soirée ! Rire, détente, et complicité leur avaient fait perdre la notion du temps. Pourtant la fatigue les avait rattrapés et obligés à rentrer.
Arrivés devant chez eux, changement d’ambiance. Leur Mercédès et leur allégresse disparurent.  Adieu Morphée, bonjour Némésis, allo police !

Dans les rues ils cherchèrent leur carrosse. Peine perdue…

Le lendemain, bonne surprise : leur voiture était là, un billet sur le pare-brise.

« Chère Madame, Cher Monsieur,
Ma femme, enceinte de huit mois, a accouché hier alors que mon véhicule est chez le garagiste depuis une semaine. Cet heureux évènement – qui vous le conviendrez ne souffrait aucun retard – nous a contraint et forcé à « emprunter » votre voiture.
C’est avec mes plus vifs remerciements que je vous la rends aujourd’hui et que je me permets de vous offrir ces deux places de théâtre en dédommagement du désagrément que vous avez subi.
Ma femme, mon bébé et moi vous souhaitons un bon divertissement. »

Bouches bées et regards hébétés. Argument accepté, colère évaporée. Incident classé.

Arriva le jour de la représentation. « Tartuffe » de Molière ! Ils apprécièrent l’instant magique, le prolongèrent d’un diner. Sujets de discussion ? La beauté de l’endroit, de l’œuvre, du décor, du jeu des acteurs ; la crédulité d’Orgon, l’intelligence et l’habileté de Tartuffe… Ils devisèrent ainsi jusqu’à leur retour chez eux.

Là, ils assistèrent au dernier acte inédit de la pièce, le retournement de situation. La porte de leur maison avait été fracturée, les meubles vidés. Sur le mur, un mot griffonné de l’écriture de « l’emprunteur » de leur voiture : « Nous espérons que vous avez aimé la pièce. »

Colère et déception ! Pensée pour Orgon. Allo police !

 

© Jos Gonçalves le 16 janvier 2019

Version initiale de « Tartuffe, un escroc moderne »

 

Publié dans Accueil, Publications L'Esprit Livre | Marqué avec , , , | Laisser un commentaire

La bêtise insiste toujours

1ère version

Ce devait être un jour comme les autres, ni meilleur, ni pire; et rien ne laissait présager la situation ubuesque dans laquelle Didier allait se trouver.
Il avait ouvert son magasin de cigarettes électroniques à neuf heure, comme d’habitude. Comme d’habitude, quelques Carolorégiens – ainsi sont appelés les habitants de Charleroi en Belgique – étaient venus s’approvisionner en e-liquide et autres accessoires nécessaires au fonctionnement de leur vaporetto. La matinée s’était tranquillement écoulée au rythme des allées et venues des clients dont le flux, sans être abondant, avait été régulier.
En milieu d’après-midi, Didier s’apprêtait à profiter du calme imposé par le manque d’affluence normal à cette heure de la journée, quand il vit cinq jeunes excités faire irruption dans le magasin. A la vue de l’arme qu’ils arboraient à la ceinture, il n’opposa aucune résistance et les laissa s’emparer des articles de leur choix. Cependant, au regard de leur comportement, il réalisa qu’il avait affaire à des petits malfrats à l’intelligence restreinte. Aussi quand ils eurent terminé « leurs courses » et lui demandèrent la caisse, il décida d’y aller au bluff et leur tint à peu près ce langage :
– Mais les gars, il est que 15h30 ! C’est pas l’heure-là ! Faut revenir plus tard… à 18h30 vous aurez plus de monnaie.
A sa grande surprise, son stratagème se révéla très efficace : les braqueurs disparurent et promirent de revenir trois heures plus tard !
Convaincu que les jeunes étaient assez bêtes pour se représenter devant lui, Didier appela la police pour la prévenir de sa mésaventure. D’abord sceptiques, les agents lui laissèrent peu d’espoir quant au possible retour des voyous, mais persuadé par Didier, ils convinrent de venir les cueillir au magasin quelques minutes avant l’heure.
L’excitation de Didier, qui jubilait déjà à l’idée de ce qui les attendait, fut néanmoins contrariée quand il vit les gamins débarquer…à 17h30 !
– Nan mais, oh ! Faut t’acheter une montre mon gars ! dit-il au meneur.
Une fois de plus la célérité de Didier fut payante et la bêtise des voyous avérée : non seulement ils s’en allèrent, mais ils revinrent une troisième fois, à l’heure dite cette fois, et furent accueillis par la police médusée.

2è version :

Ah nan mais j’en reviens toujours pas !
Comme tous les jours à 9h, j’ouvre mon magasin d’e-cigarette. Les clients vont et viennent sans se bousculer, mais en assez grand nombre pour m’enquiquiner toute la matinée. Certain savent ce qu’ils veulent … mais y a tous les autres. Les indécis, les bavards, ceux qui te prennent pour un voleur et ceux qui restent 3 heures sans rien acheter. Bref, les « ch….. » qui me font regretter d’avoir choisi ce métier.
Vers 15h, ça se calme et je réapprovisionne les rayons. Parce qu’on se rend pas compte du boulot que c’est une boutique ! On croit que l’argent se gagne facilement, que les heures de travail sont les mêmes que les heures d’ouverture, et qu’il suffit d’un grand sourire pour remplir la caisse.
Bon, passons…
Je pose un vaporetto sur une gondole quand des excités entrent dans le magasin. Un essaim de sauterelles qui gesticulent crânement et vocifèrent pour m’impressionner. Excités les jeunes…et armés aussi. Du coup je les laisse se servir et faire les malins. Mais, je vois tout de suite que ce ne sont pas des lumières. Faut dire qu’on ne me la fait pas à moi, j’ai toujours été dans le commerce ! Alors quand ils me demandent la caisse – ben voyons ! – je tente un coup de poker et je me lance.
– La caisse ? Mais à cette heure, y’a rien dans la caisse ! Faut revenir plus tard, les gars. A 18h30 y aura au moins mille euros de plus !
Ben, croyez-moi ou pas : ils repartent comme ils sont venus en promettant de revenir trois heures plus tard !
Ni une ni deux, j’appelle les flics. Bon, c’est vraiment parce qu’il le faut hein ! Parce que moi et la police…
Evidemment, ils me rient au nez et insinuent que je suis bête de croire qu’ils vont revenir. Je me retiens de leur répondre que question bêtise, ils en savent plus que moi et que c’est l’hôpital qui se fout de la charité, mais bon, je m’abstiens et les persuade de venir en planque au magasin avant 18h30.
Et c’est là que cette histoire déjà peu banale, prend une tournure encore plus rocambolesque, car les jeunes reviennent… mais une heure trop tôt.
Je fais l’offusqué, « mais les gars, y’aura plus d’argent à 18h30 ! », j’engueule celui qui leur sert de chef – vous savez, celui qui est censé être le plus intelligent ! – et lui conseille d’aller acheter une montre.
Et rebelote ! Ils repartent et réapparaissent à 18h30, fiers comme des bars-tabacs !
Les policiers ébahis mais jaloux de mon intelligence, ne résistent pas à me sermonner en arguant que ma démarche aurait pu mal tourner. Quelle mauvaise foi quand même !
Ah nan mais j’en reviens toujours pas !

© Jos Gonçalves le 8 janvier 2019

Publié dans Accueil, Publications L'Esprit Livre | Marqué avec , , , | Laisser un commentaire

Envers et contre tous

– Et alors ? Qu’est-ce que ça change qu’elle soit homosexuelle ?
– Mais Mamie ! Léa est ma meilleure amie ! La honte ! Ils vont tous me prendre pour une gouine… Pff ! Jsuis dèg !
– Ah en fait, ce qui te dérange, c’est le regard des autres! Tu parles d’une amitié…
– N’importe quoi !
Chloé, haussa les épaules et dodelina de la tête en grimaçant. Elle regardait sa grand-mère de cet air que les adolescents ont souvent envers les adultes. Un air mi compatissant mi méprisant, censé dire « aux vieux » combien ils sont bêtes et ne comprennent rien…
Mamie Jo, elle, souriait avec affection, consciente qu’elle venait de taper dans le mille.
– Ecoute Chloé, si c’est vraiment ta « meilleure amie », où est le problème ? Tu crois que c’est facile pour elle de découvrir et d’avouer sa différence ? C’est une preuve d’amitié qu’elle te fait en se confiant à toi ! En quoi cette différence remet-elle en cause votre complicité ? Réfléchis ma chérie : si on ne fréquentait que des gens qui nous ressemblent, on s’ennuierait et on n’apprendrait rien !
– Mouais… toute façon tu peux pas comprendre !
En s’exprimant ainsi, Chloé pensait avoir tout dit et espérait clore la discussion.
– Ah bon ? Alors écoute plutôt ce que je vais te raconter et on en reparlera après.

« J’avais ton âge, quinze ans. C’était ma première année au lycée. Bon, tu sais comment ça se passe : à la rentrée on ne connait personne, puis on se fait des copains-copines et après ont fait le tri.
Moi j’étais bien avec tout le monde en général et personne en particulier ; jusqu’au jour où…

Elle s’appelait Sylvie, elle avait un an d’avance. Elle était drôle, intelligente et dynamique. Jolie, elle ne mettait pourtant pas sa beauté en avant. Bref, elle attirait la sympathie de tous.
Mais comme moi, elle n’avait pas vraiment d’amis attitrés et ne semblait pas en rechercher. Je ne sais pas si c’est ce point commun qui nous a rapprochées, mais nous sommes immédiatement devenues amies.
Malgré ses 14 ans, Sylvie faisait preuve d’une maturité surprenante qui m’étonnait et qu’en secret je jalousais. Pourtant en la connaissant mieux, j’allais en découvrir la raison et réaliser que je n’avais rien à lui envier.
Ses parents très « libertaires » s’absentaient souvent pour plusieurs jours, la laissant seule dans l’appartement familial avec sa sœur qui était handicapée mentale. Livrée à elle-même, elle gérait entièrement leur quotidien. Elle n’avait aucun repère, aucune obligation, aucun adulte à qui parler. Elle disait que cela ne la dérangeait pas, qu’elle y arrivait très bien et que ses parents avaient raison.

Mais leur absence allait avoir des conséquences désastreuses.
Sylvie commença à fréquenter des jeunes de seize-dix-sept ans qui comme elle, vivaient en électrons libres. Evidemment, ils saisirent la chance qu’ils avaient d’être logés sans frais et s’installèrent à demeure dans son appartement. C’étaient des jeunes désœuvrés ; beaucoup se droguaient…
Amoureuse de l’un d’eux, Sylvie sombra dans la drogue et accepta de vendre ses charmes pour pourvoir à l’achat de leurs doses.
Elle arrivait en retard en cours, se montrait tantôt blasée, tantôt contestataire. Elle était ailleurs et son regard intelligent et malicieux perdait de sa lueur au fur et à mesure que s’écoulaient les semaines. Elle acceptait de moins en moins l’autorité des profs et refusait toute contrainte. Elle se moquait de la niaiserie des autres élèves qu’elle traitait de « gamins » ou « d’enfants gâtés ».
Elle se les mit tous à dos.
Personne ne connaissait sa vie mais chacun y allait de son jugement. Tous la regardaient d’un air désolé et condescendant. Ils soupçonnaient son addiction, mais ne tentaient ni de lui parler ni de la comprendre.

On commença à vouloir m’éloigner d’elle, moi la jeune fille « bien » : « Tu n’es pas comme elle et tu n’as rien à faire avec elle ! » « Elle n’est pas fréquentable ! Tu vaux mieux que ça ».
Mais je ne lâchais rien, défendais ma position et persistais à maintenir un lien avec Sylvie, lien que j’espérais un jour salvateur.
Ils me tournèrent le dos.
Néanmoins j’avais beaucoup de difficultés à la voir. Son petit ami, conscient de l’influence que j’avais encore sur elle, faisait barrage et assistait à nos rencontres. Je garde un souvenir glaçant de ces moments passés dans ce milieu hostile et diamétralement opposé au mien. Dans ce monde, dont quelques semaines plus tôt j’ignorais l’existence, j’étais à peine tolérée, casée dans les « intrus » et les « nantis ». J’étais différente.
Ainsi d’un côté comme de l’autre, j’étais stigmatisée.
Rapidement, Sylvie ne vint plus en cours, et on ne se parlait que quelques minutes à la porte de son appartement, en présence et sous la surveillance de son ami.
Pour la plupart des élèves, c’était une affaire classée. Sylvie s’était perdue, elle l’avait bien cherché et on n’y pouvait rien.

De mon côté je ne pouvais me résoudre à la laisser tomber. Malgré son comportement et l’opinion que tous avaient d’elle, elle restait mon amie !
J’ai donc décidé d’en parler à un prof que je savais être à l’écoute et on s’occupa enfin d’elle (et de sa sœur !). Elle fut admise dans un centre de désintoxication et on retrouva ses parents. Une longue et difficile période de reconstruction commençait pour elle.
Quand tous apprirent ses conditions de vie, leur regard – sur elle et sur moi – changea du tout au tout. Ils la comprirent, la plaignirent même ; et de la fille « sur la mauvaise pente », je passai à la fille « tenace et courageuse ».
Si j’ai souffert du rejet dont j’avais été l’objet, si j’ai douté parfois et hésité à maintenir ma prise de position, j’étais heureuse d’avoir agi par conviction et non par peur du jugement des autres.

Mamie Jo regarda Chloé avec affection et attendit.
Gênée, la jeune fille hésita puis finit par balbutier :
– Pourquoi tu me racontes tout ça ?
Mamie Jo sourit malicieusement et lui fit un clin d’œil.
– Oh juste comme ça… Et pour t’assurer de mon soutien envers et contre tous.

© Jos Gonçalves

 

Publié dans Accueil, Publications L'Esprit Livre | Marqué avec , , , , , | Laisser un commentaire

Jonathan Livingston le goéland

C’était un jour nouveau, calme et lumineux.
Jonathan Livingston le goéland, s’entraînait au vol avec le bonheur infini que seul peut ressentir celui qui s’adonne à sa passion. Car Jonathan Livingston n’était pas un goéland comme les autres. Tandis que les siens volaient par nécessité alimentaire, lui le faisait par plaisir… au point d’en oublier de manger. Inlassablement, il testait de nouvelles techniques, au grand désespoir de ses parents inquiets de le voir ainsi se démarquer des autres membres du clan.
– Ô Jon, lui demanda un jour sa mère, pourquoi vouloir ainsi te différencier des autres goélands ? Pourquoi vouloir voler tel un oiseau que tu n’es pas, et en oublier de manger ? Mon fils, tu es maigre comme un clou !
– Peu m’importe, maman, d’être maigre comme un clou, ! Je veux perfectionner mon vol et connaître mes limites.
– Dans ce cas, intervint affectueusement son père, fais-le dans le but de te nourrir !

Docile, Jonathan rejoignit ses semblables et tenta de toutes ses forces, de se comporter normalement.
Mais l’enthousiasme n’y était pas et la soif d’apprendre devenait la plus forte. « Ma vie n’a aucun sens, si je n’apprends pas à mieux voler ! » se disait-il.
C’est ainsi qu’au bout de quelques jours, il s’isola à nouveau et consacra son temps à perfectionner sa vitesse de vol. A force d’entraînement il découvrit ses limites et s’appliqua à trouver le moyen de les dépasser. Mais les difficultés furent telles qu’il se découragea « Je ne suis qu’un simple goéland, un goéland stupide semblable à tous les autres… assez stupide pour croire que je peux voler aussi vite qu’un rapace » pensa-t-il.
A la nuit tombée, déçu et accablé par son échec, il prit son envol pour rejoindre le clan. Réconforté par sa décision qui mettait fin à ses tracas et ne pensant plus à rien, il réalisa qu’en repliant sa voilure, il offrait moins de résistance à l’air et accroissait sa rapidité. Ce fut une révélation.
« Mais bien sûr, se dit-il, si je diminue l’envergure de mes ailes, je volerais à la manière du faucon ! »
Toute la nuit durant, oubliant sa résolution, il s’exerça à ce nouveau procédé, sous l’œil attendri de la lune complice. Au petit matin, il réussit enfin à atteindre les 360 kilomètres à l’heure ! Amplifié par la vitesse, le bruit du vent l’étourdissait et son souffle faisait larmoyer ses yeux, mais Jonathan était heureux. En assumant sa différence et son ambition, il se réalisait enfin, se sentait vivre vraiment. Il était libre !

Jusqu’au soir, insensible à la fatigue et motivé par sa prouesse, il exécuta de multiples acrobaties et perfectionna son vol. Puis la nuit venue, impatient d’annoncer aux autres son exploit, il fendit l’air à la rapidité de l’éclair pour rejoindre rapidement le clan. « Jamais un goéland n’a atteint cette vitesse ! Notre avenir est désormais plein de promesses ! Cela va changer nos vies ! ». Dans un vol triomphant, il atteignit les rivages éclairés, habités par les siens.
Mais son allégresse ne dura pas car les goélands s’étaient réunis en Grand Conseil et l’attendaient pour lui annoncer leur jugement.
– Jonathan Livingston, en dépassant tes limites, en voulant être différent des tiens et en t’élevant au-dessus des lois de la communauté, tu incarnes le mauvais exemple. Pour ton irresponsabilité, tu es exclu du clan.
Il tenta de les persuader qu’il venait de découvrir un sens plus noble à la vie, mais cela fut vain. Jonathan se trouva évincé de la communauté !
Plus déconcerté par la renonciation à l’apprentissage du clan – et de fait par son refus d’évoluer – que par la perspective de son exil, Jonathan s’envola au-delà des Falaises lointaines. « Si ce n’est pas pour eux que j’apprendrais, ce sera pour moi ! Peu importe le prix à payer, rien n’est trop cher pour apprendre à voler ! » se consola-t-il.

Dorénavant seul, il se consacrait entièrement à sa quête, s’entraînait sans relâche et se perfectionnait.
Un soir qu’il commençait à douter de pouvoir encore progresser, deux superbes goélands évoluant avec précision dans le ciel, vinrent à sa rencontre.
– Jonathan, nous venons te chercher pour te mener dans un autre monde, un monde où tu apprendras à aller encore plus loin et plus haut. Un monde où tu apprendras à repousser tes limites à l’infini !
Comprenant qu’il avait là l’occasion de poursuivre sa quête, Jonathan admira une dernière fois cette terre où il avait tant appris, et suivit les deux goélands qui le menèrent sur de nouveaux rivages. Se faisant il sentait déjà s’élargir le champ de ses capacités. « Dans ce monde, c’est certain, je vais pouvoir me surpasser et décupler mes capacités ! ».
A une vitesse qu’il n’avait encore jamais atteinte il arriva dans ce nouveau monde – qu’il pensait être le paradis – et eut la surprise de découvrir des goélands qui, comme lui, aimaient voler !

Parfaitement intégré à son nouveau clan, Jonathan avait encore beaucoup à apprendre. Il travailla sans cesse et perfectionna ses techniques de vol auprès de Sullivan, son instructeur.
Puis, aux côtés de Chiang, l’ancien dont la puissance avec l’âge s’était accrue au lieu de s’affaiblir, Jonathan s’initia au concept de l’omniprésence. Après des jours d’entraînements acharnés, il s’appropria les notions d’espace et de temps, et parvint à voler à la vitesse de la pensée. Ayant ainsi acquis la conviction absolue de pouvoir être partout présent dans la durée et la distance, il pouvait explorer d’autres planètes, voyager dans le passé et le futur et aimer les siens tels qu’ils étaient.
Doté de cette nouvelle faculté, Jonathan était maintenant disciple de Chiang et devenait instructeur. Sa mission accomplie, l’Ancien lui adressa un dernier message « Apprends l’amour ! » avant de disparaître.

Bien que conscient du parcours effectué depuis son exclusion, Jonathan regrettait sa vie sur la terre. Il était nostalgique et triste de ne pouvoir partager son savoir avec les siens. Malgré les conseils dissuasifs de Sullivan et l’évincement dont il avait été l’objet, il décida de retourner chez lui. Usant de sa faculté à se téléporter, il se transporta dans son ancien monde.
Fletcher Lynd, jeune goéland qui en voulait à sa communauté de l’avoir exclu, fut ahuri quand il le vit et entendit sa voix.
– Fletcher Lynd, es-tu prêt à vivre loin des tiens pour apprendre à voler et à revenir près d’eux pour leur transmettre ton savoir ?
– Oui, je le veux !
C’est ainsi que Jonathan devint son instructeur et l’entraîna durant des semaines, sous le regard curieux de quelques goélands.
Trois mois passèrent et six élèves supplémentaires – plus intéressés par le vol que par son approche philosophique – vinrent les rejoindre pour suivre les entraînements. Au bout d’un mois, Jonathan leur annonça qu’il était temps de retourner auprès des leurs. Malgré la peur de transgresser la loi du clan qui les avait condamnés à l’exil et la perspective d’un affrontement, tous ses élèves le suivirent en le voyant prendre son envol.
Quand les goélands virent revenir les exclus et découvrirent la qualité de leur vol, le caractère transgressif de leur retour passa au second plan et aucune bataille n’eut lieu. Ils se contentèrent de tourner le dos aux parias, obéissant aux injonctions de l’Ancien sous peine d’être exclus à leur tour.
Imperturbable, Jonathan persistait à instruire ses élèves tandis que certains jeunes goélands, profitant de la nuit pour ne pas être vus, s’approchaient et les observaient. Certains finirent par les rejoindre. Terrence Lowell fut le premier, suivi de Kirk Maynard qui rêvait de voler mais pensait ne jamais y parvenir en raison d’une aile paralysée.
– Kirk Maynard, tu es libre ! Peu importe ton aile engourdie ! Viens avec moi, et on va essayer.
En deux temps, trois mouvements, et sans manifester de peine, Kirk Maynard étendit ses ailes et avec légèreté s’envola dans le ciel noir. Alerté par les cris de sa victoire, un millier de curieux s’approcha et se tourna d’un seul bloc vers Jonathan.
– Le goéland est « liberté » ! C’est en apprenant, qu’il découvrira de quoi il est capable et pourra accomplir les mêmes prouesses. Rien ne saura l’en empêcher. La seule loi qui mérite d’être suivie est celle qui permet d’être libre ! leur expliqua-t-il.
Son discours faisait chaque jour de nouveaux adeptes.
Un matin, lors d’une démonstration de vol à de nouveaux élèves, Fletcher s’écrasa contre un rocher de granit afin d’éviter un bébé goéland. Le choc fut si violent, qu’il le transporta dans un monde étrange et sombre, dans lequel s’alternaient oublies et réminiscences. Se croyant mort, il entendit la voix bienveillante de Jonathan.
– Tu n’es pas mort Fletcher ! Tu viens d’expérimenter le vol par la pensée. Il te suffit de songer à un lieu pour t’y retrouver.
Aussitôt, Fletcher se revit parmi les siens et se réveilla au milieu du clan. Le voyant ouvrir les yeux, les goélands qui l’avaient vu mort un instant plus tôt, le crurent ressuscité et mirent son retour à la vie sur le compte de Jonathan. Persuadés de ses intentions démoniaques, ils s’approchèrent becs ouverts et regards menaçants, bien décidés à les déchiqueter.
Jonathan, sentant le danger, suggéra à Fletcher de s’échapper par le même moyen qu’ils étaient arrivés. En une fraction de seconde, ils se transportèrent ailleurs, laissant derrière eux les milliers de becs qui voulaient les tuer.

Arrivé en lieu sûr, Fletcher interrogea Jonathan
– Comment faites-vous pour éprouver assez d’amour pour former cette communauté qui a voulu vous tuer ?
– Il suffit d’aimer le vrai goéland et ce qu’il a de bon en lui ! Je me souviens par exemple, avoir rencontré un jeune goéland – il s’appelait Fletcher – qui éprouvait de la haine pour le clan qui l’avait exclu et qui maintenant est fin prêt pour le guider vers la lumière !
Sur ces paroles, Jonathan disparut, tout comme l’avait fait l’Ancien avant lui, et laissa Fletcher transmettre ce qu’il lui avait appris.

Dès lors, Fletcher s’appliqua à donner des cours de vol à ses nouveaux élèves, garantissant ainsi le cycle de la connaissance et de la liberté, et se dirigeant par là même, sur la voie de la sagesse.

Publié dans Accueil, Publications L'Esprit Livre | Marqué avec , , , , , , , | Laisser un commentaire

Tartuffe, un escroc moderne

Ils venaient de passer une de ces soirées comme ils les aimaient tant. Une soirée entre amis, faite de rire et de complicité, de détente et de simplicité. Un de ces moments de partage qui rassérène et rend heureux et qui fait perdre la notion du temps. Pourtant, les heures avaient défilé et la fatigue avait fini par les rattraper. Alors ils s’étaient quittés en se promettant de se revoir très bientôt, tout en n’ayant plus qu’une idée en tête : se blottir dans les bras de Morphée.
Mais le sort en avait décidé autrement, et cette fin de journée prit une toute autre tournure quand, arrivés chez eux, ils découvrirent que leur voiture – une Mercedes dernier cri achetée à crédit – avait été cambriolée pendant leur absence.

Furieux, ils déclarèrent le vol à la police qui l’enregistra sans grande conviction. Il se faisait tard, mais ne pouvant se résoudre à rester les bras ballants, ils entreprirent de parcourir les rues du quartier dans l’espoir naïf de retrouver leur carrosse. Ce fut bien sûr peine perdue, et après trois heures de recherches infructueuses, ils se résignèrent à rentrer chez eux, abattus et dépités par leur malchance.

Mais la vie peut s’avérer pleine de surprises, et celle qu’ils eurent le lendemain en ouvrant leurs volets fut proportionnelle à celle qu’ils avaient eue la veille. La Mercedes était garée juste devant leur porte !
Intrigués par ce rebondissement, ils se hâtèrent d’en vérifier l’état et aperçurent une enveloppe coincée entre l’essuie-glace et le pare-brise. Leur étonnement fut à son comble quand ils prirent connaissance de la note laissée par le ravisseur :

« Chère Madame, Cher Monsieur,
Ma femme, enceinte de 8 mois, a accouché hier alors que mon véhicule est chez le garagiste depuis une semaine. Cet heureux évènement – qui vous le conviendrez ne souffrait aucun retard – nous a contraint et forcé à « emprunter » votre voiture.
C’est avec mes plus vifs remerciements que je vous la rends aujourd’hui et que je me permets de vous offrir ces deux places de théâtre en dédommagement du désagrément que vous avez subi.
Ma femme, mon bébé et moi vous souhaitons un bon divertissement. »

Troublés par la situation pour le moins singulière, ils regardèrent alternativement la voiture, la note et les billets. Ainsi expliquée, la motivation du vol leur parut tout à fait acceptable et les convainquit de la bonne foi des ravisseurs. L’indulgence prit le pas sur leur colère qui retomba comme un soufflé et ils ressentirent presque de la reconnaissance envers ces voleurs qui leur rendaient leur bien et les dédommageaient de leur en avoir privé. Pour un peu, ils auraient remercié ce couple dont le savoir-vivre ne les laissait pas indifférents.

Dès lors, l’incident fut qualifié d’anodin et classé sans suite. Tout étant rentré dans l’ordre, ils reprirent le cours de leur vie.

Arriva enfin le jour de la représentation de la pièce à laquelle ils étaient invités. Il s’agissait de « Tartuffe » de Molière, qui était jouée au théâtre de la comédie française. Bien qu’anxieux de se trouver dans un lieu aussi prestigieux, ils s’y rendirent impatients et curieux…
Ils ne furent pas déçus. La beauté de l’endroit, mais aussi celle de l’œuvre de Molière, du décor et du jeu des acteurs, les enchanta. Leur plaisir fut tel qu’ils ne purent se résoudre à s’en tenir là, et décidèrent de prolonger cet instant magique par un diner au restaurant. Durant tout le repas ils ne parlèrent que du spectacle qu’ils venaient de voir, plaignirent – non sans moquerie – le pauvre Orgon pour sa crédulité et admirèrent Tartuffe pour son intelligence et son habileté à se faire apprécier de ses victimes. Quand ils se garèrent à côté de chez eux, ils en parlaient encore et étaient tout guillerets.

Mais leur joie ne dura pas et leur enchantement disparut instantanément quand, arrivés sur le perron de leur maison, ils constatèrent que la porte avait été fracturée.
Désappointés et effrayés, ne sachant à quoi s’attendre mais imaginant déjà le pire, ils avancèrent lentement dans l’entrée. Ce qu’ils découvrirent alla bien au-delà de leur appréhension : leur maison était entièrement dévalisée. Il ne restait plus grand-chose de leurs objets familiers et un désordre sans nom régnait dans chaque pièce. Seuls les meubles trop encombrants pour être emportés avaient été laissés là… dénudés de leurs bibelots et entièrement vidés de leur contenu.
Mais le pire restait à venir car, quand le sort intervient en général il s’acharne… jusqu’au coup de grâce. Ayant fait le tour de l’appartement et constaté l’ampleur des dégâts, ils se retrouvèrent à nouveau dans l’entrée dont la porte était restée ouverte. C’est en la refermant qu’ils aperçurent un mot accroché à son dos : « Nous espérons que vous avez aimé la pièce. »

Si leur enchantement avait disparu en découvrant le vol, le couperet tomba quand ils comprirent qui en étaient les auteurs et la fourberie dont ils étaient victimes.

Juste avant d’appeler la police, ils eurent l’un et l’autre une pensée pour Orgon.

 

© Jos Gonçalves le 14 novembre 2018

Publié dans Accueil, Publications L'Esprit Livre | Marqué avec , , , | Laisser un commentaire